Carnet de route à Guérande

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CHEMINS DE TRAVERSE

Carnet de route

Aline Jaulin & Élodie Brillon
Chic Planète Coop
Mai 2018

Marche dans les marais salants de Guérande

Randonnée et création

Au cœur des marais salants de Guérande et de la côte sauvage du Croisic et de Batz-sur-mer.
Traverser par la marche les paysages de l’eau, du sable, de la roche, de la terre et de l’argile.S’accorder une pause, faire de la place pour sentir, ressentir puis créer avec les mots, les traits, les couleurs et le mouvement. S’ouvrir à l’espace-temps du kairos.

Trois jours, trois directions

19/5/18 – vers le Sud-Est : l’océan et la terre – le chemin des sens – coefficient 90

20/5/18 – vers l’Est : entre terre et mer – le chemin intérieur – coefficient 79

21/5/18 – vers l’Ouest : le sable et la prairie – le chemin vers l’autre – coefficient 67

Pierre-Longue / Allée de l’Océan / Baie du Manéric / le Champs des vagues / au carrefour du Moulinet, du Houare et de la Lande de Treguen / la saline Gouriot / le jardin des marais / la chapelle des Muriers / Casse-Cailloux / plage Valentin / Pen Avel / le Mont Esprit

Trois strates constitutives, une approche transdisciplinaire

Un contexte historique : le mur de l’Atlantique et les poches de résistance
Un contexte géographique : entre terre et mer, des paysages sauvages et façonnés
Un contexte géologique : sur la faille du Bri flandrien qui correspond à la formation de l’argile gris bleutée quasi imperméable, période interglaciaire de l’Holocène qui début vers -12000 jusqu’à nos jours.

Les pratiques artistiques participent d’une approche transdisciplinaire immersive intégrant la danse contact improvisation, le body-mind-centering, le life-art-process, le dao yin, la danse contemporaine, l’écriture, la marche comme pratique philosophique et artistique.

Samedi 19 mai 2018. Le chemin des sens

Point de départ, Pierre-Longue

Rochers en bord de mer

Le Champs des vagues

Herbes, arbres et château d'eau

« Nous pouvons commencer toute exploration à partir des racines de l’inconnu »

« Chaque organe est une unité séparée mais il est aussi en interaction avec tous les autres organes qui fonctionnent en système par leur rythme, leur circulation d’énergie et leur mouvement »

Sentir, Ressentir et Agir, Bonnie Bainbridge-Cohen, Nouvelles de Danse, 2016.

Dimanche 20 mai 2018. Le chemin intérieur

 La saline Gouriot (Escale sensorielle en mouvement : sur la ladure d’argile et de sel)

Argile sèche craquelée grise
Argile sèche et quelques herbes
Argile sèche craquelée brune

« Grain de lumière »

Page écrite

« D’argile et de vent »

Marais salants village en fond

Lundi 21 mai 2018. Le chemin vers l’autre.

Baie Valentin (à yeux grands ouverts)

Petite plage et horizon

« Qui percevrait toute la mélodie serait tout à la fois le plus solitaire et le plus lié à la communauté. Car il entendrait ce que nul n’entend, et ce pour l’unique raison qu’il comprend en achèvement ce dont les autres, tendant l’oreille, ne saisissent que d’obscures bribes »

Notes sur la mélodie des choses, Rainer Maria Rilke

Pen Avel

Écrire au pied d'un grand arbre

Créer l’espace

L'arbre et le livre

En partage

« J’ai aimé le va et vient de l’océan sous mes pieds, cette sensation de froid quand il arrive,
puis le sable qui s’échappe pour mieux revenir l’instant d’après dans ce mouvement infini
qui s’infiltre en moi, qui devient moi, comme un fondu, une insinuation profonde
qui m’entraîne dans la sensation de l’impalpable. Et puis, il y a eu l’ancre de la barque, ballottée au gré des flots mais tellement enracinée, le point fixe au centre du mouvement.Cette ancre est entrée en moi comme un repère, une pause dans le flot perpétuel, donnant à ce mouvement infini toute sa verticalité, me donnant la sensation d’une solidité sans faille
»

« Voyage en terres marines bercé par la musique des mots » « Lâcher prise, prendre le temps de respirer, sentir, regarder, toucher,accueillir et diffuser »

« J’ai marché,
funambule des salines,
j’ai marché sur les digues,
les diguettes d’argile, façonnées de mains d’homme.

Marche géométrique, alignée, symétrique, chaloupée mais rectangle;
obligée, dirigée, équilibrée, j’ai franchi l’espace ordonné vers l’escale nécessaire, l’île réparatrice et sécurisante, ronde et bombée au milieu des marais.
Derviche tourneur, j’ai appelé le ciel dans ma spirale descendante pour pouvoir me poser sur ma plateforme spatiale, unique et reposante, planète du petit prince, au raz de l’eau salée, humant bon le méthane et la vase.

J’ai cassé la croûte du lissage d’argile et je me suis perdue dans les méandres infinis, craquants, croquants, secs et cassants, formant un labyrinthe hypnotique menant on ne sait où si ce n’est au centre de la terre.
Terre dure et aride, incrustée sous mes pieds, incrustée dans mes mains, argile gris-vert dure et fragile, fragmentée aussitôt en 1000 morceaux.

J’ai quitté ces lieux étranges et épurés,
domestiqués depuis toujours par des générations d’humanidés du monde entier, pour retrouver, comme éveillée d’un songe, le « plancher des vaches »…
»

« Une sensation de se régénérer. J’avais l’impression d’être seule au monde avec mon guide et d’être partie depuis longtemps et pour longtemps. Une sensation d’infini devant moi » « J’ai ressenti le sol craquelé je l’ai touché il semble si fragile et pourtant si fort »

Champ d'herbes et mer à l'horizon

© photographies élodie_b